Je suis Marie Dufrasne, naturopathe spécialisée dans l’accompagnement des personnes souhaitant adopter une alimentation sans gluten. Et si ce sujet me tient autant à cœur, c’est parce que je suis moi-même atteinte de la maladie cœliaque (diagnostiquée fin 2022).
Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de cette maladie, trop souvent confondue avec une simple sensibilité ou perçue comme une “mode » alimentaire. Pourtant, pour les personnes concernées, c’est une réalité bien plus complexe, qui impacte le quotidien à tous les niveaux…
Justement, qui est concerné ? On estime qu’environ 1% de la population française est diagnostiqué malade cœliaque.
C’est qui Cœliaque ?! J’ai très souvent entendu dire « maladie de Cœliaque », comme si cœliaque était une personne! Alors non, cœliaque vient du latin coeliacus, « qui appartient à l’intestin, aux viscères » et du grec koiliakos, dérivé de koilia, « ventre ».
La maladie cœliaque est aussi appelée « intolérance au gluten« , même si ce terme, à mon sens, porte à confusion.
Cette pathologie peut se déclarer à tout âge. Les 2 pics de fréquence sont, chez le nourrisson: entre 6 mois et 2 ans et, chez l’adulte : entre 20 et 40 ans. Mais elle peut aussi se révéler plus tardivement: 15 à 20% des cas se font diagnostiquer après l’âge de 60 ans!
Elle concerne des individus prédisposés génétiquement.
Une maladie auto-immune, pas une allergie
La maladie cœliaque est une maladie auto-immune : cela signifie que le système immunitaire se dérègle et attaque l’organisme lui-même. En l’occurrence, chez les personnes cœliaques, c’est l’intestin grêle qui est attaqué (et plus précisément sa partie haute, appelée le duodénum), lorsqu’elles consomment du gluten.
Le gluten, c’est une protéine qu’on retrouve naturellement dans certaines céréales : le blé et ses différentes variétés (dont l’épeautre et le khorasan/kamut), l’orge, le seigle et tous leurs dérivés (amdion, fécule, etc…).
Lorsqu’une personne atteinte de la maladie cœliaque en consomme, un processus inflammatoire se produit, à l’intérieur de l’intestin grêle. Résultat : les parois de l’intestin sont abîmées (les villosités de la muqueuse sont progressivement détruites et peuvent aller jusqu’à s’atrophier) ; ce qui empêche une bonne absorption des nutriments; d’où des carences. En parallèle, il y a une hyperperméabilité intestinale : l’intestin ne remplit plus sa fonction de barrière protectrice.
Dans le cas d’une allergie aux protéines du blé, le mécanisme est différent: il n’y a pas d’affection auto-immune, ni de lésion de la muqueuse intestinale. On est sur une réaction immédiate, à la consommation de gluten (avec possiblement des troubles digestifs, cutanés et/ou respiratoires), pouvant aller jusqu’à un choc anaphylactique. Les anticorps impliqués sont des Immunoglobulines E (alors que ceux impliqués dans la maladie cœliaque sont des Immunoglobulines A et la réaction est différée dans le temps, quelques heures après la consommation de gluten).
Des symptômes variés (et parfois silencieux)
Ce qui rend la maladie cœliaque difficile à diagnostiquer, c’est que ses symptômes varient beaucoup, d’une personne à l’autre.
On peut retrouver :
- des troubles digestifs (notamment des ballonnements, douleurs abdominales et de la diarrhée chronique),
- une fatigue chronique,
- des carences nutritionnelles (principalement en vitamines et en minéraux, dont le fer),
- un retard ou un arrêt de la croissance, chez l’enfant,
- des problèmes de peau,
- des douleurs articulaires ou osseuses,
- des migraines chroniques,
- une stérilité inexpliquée ou des fausses couches inexpliquées
- ou encore… aucun symptôme évident ! On parle de forme silencieuse de la maladie.
Certaines personnes ne découvrent leur maladie que des années après (souvent une décennie après l’apparition des premiers symptômes!), à la suite d’un bilan de santé ou de complications (comme l’ostéoporose ou l’infertilité, par exemple). D’ailleurs, un malade cœliaque sur 4 a d’abord été traité pour un syndrome de l’intestin irritable !
Le dépistage de la maladie
Le diagnostic de la maladie cœliaque commence par une prise de sang, qui recherche la présence d’anticorps spécifiques (les IgA anti-transglutaminases), produits par l’organisme, en réaction au gluten.
Si ces analyses sont positives, votre médecin généraliste vous orientera vers un gastro-entérologue, qui réalisera alors probablement, si vous êtes un(e) adulte, une fibroscopie, afin d’observer les éventuelles lésions de la paroi intestinale, spécifiques de la maladie. Au cours de cet examen, de petits prélèvements du tissu duodénal (des biopsies) seront réalisés, pour ensuite être observés au microscope, afin d’évaluer la gravité de ces lésions et ainsi confirmer ou non le diagnostic.
Il est très important de ne pas arrêter le gluten avant les tests, car cela peut fausser les résultats et rendre le diagnostic impossible. En effet, si le gluten est supprimé trop tôt, les anticorps disparaissent du sang, et les lésions intestinales peuvent s’atténuer, ce qui peut faire croire, à tort, que tout va bien.
Le seul traitement : l’éviction stricte du gluten
À ce jour, le seul “traitement” efficace est une éviction stricte et définitive (à vie) du gluten. Ce régime sans gluten est crucial, car même s’il ne permet pas de guérir de la maladie, il supprime les symptômes et les conséquences de la maladie. Il réduit le risque de développer une ostéoporose, mais aussi d’autres maladies auto-immunes associées, voire des cancers.
Concrètement, cela veut dire que tous les aliments, cuisinés ou fabriqués à base des céréales avec gluten (blé, orge et seigle et leurs dérivés) sont interdits:
- plus jamais de pain, de viennoiseries ou de pâtisseries « classiques », de pâtes de blé, de pizzas, semoule, crêpes, gaufres, sauce béchamel ou biscuits « ordinaires », de chewing-gums, d’aliments panés, de sauce soja classique, de bouillon cube classique, d’oignons frits, de bière, de whisky, etc…
- mais aussi attention aux traces, qui peuvent être cachées dans les plats préparés, les charcuteries, les crèmes glacées, sauces, mélanges d’épices, etc…
- Et il faut aussi apprendre à éviter les contaminations croisées, à la maison et lorsqu’on mange à l’extérieur.
Ce régime peut sembler très contraignant, surtout au départ, mais une fois bien en place, il permet de retrouver une vraie qualité de vie. Et c’est là que j’interviens, en tant que naturopathe : pour accompagner cette transition, en tenant compte de l’alimentation, de l’intestin (dont la muqueuse peut être endommagée et le microbiote déséquilibré), de la digestion, mais aussi du stress/des émotions, de la fatigue et du bien-être global.
Dans les prochains articles, je vous parlerai justement de l’alimentation sans gluten au quotidien : comment lire les étiquettes, faire ses courses, éviter les pièges, tout en gardant le plaisir de manger!
À très bientôt
Marie, Naturopathe spécialisée dans l’alimentation sans gluten

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